[Intro] Le marché ouvre à peine. La cloche sonne le prix du jour. Le boulanger pèse sa miche, sans regarder personne dans les yeux. [Verse] Deux sous de plus au marché, trois jours de moins dans le grenier. Le marchand compte devant ma femme, je compte les bouches et les âmes. Le pain a maigri sur la planche, la miche tient à peine jusqu’à dimanche. Le sel reste blanc dans le pot, mais chaque pincée pèse sur le dos. La taxe arrive avant la pluie, avant la naissance, avant la nuit. Le percepteur connaît notre porte, mieux que le médecin quand ma mère est morte. On nous dit : « Chacun doit sa part. » Nous regardons les granges du château. Notre part monte comme un rempart, la leur descend par un autre tableau. [Chorus] Le prix du sel et du pain, c’est le prix de demain. Quand le riche compte en domaines, nous comptons les jours de la semaine. Le prix du sel et du pain, nous le portons dans nos mains. Avant de parler de justice en grand, venez compter ce qu’il reste aux gens. [Verse] Jacques a vendu son dernier veau, pour payer ce qu’il devait déjà. Marie recoud le même manteau, trois hivers tiennent dans ce drap. Le petit Louis demande encore pourquoi la soupe devient plus claire. Sa mère dit que l’eau donne du corps, puis détourne les yeux vers son père. Nous ne demandons ni palais, ni carrosse devant la maison. Nous demandons qu’après avoir payé, il reste encore une saison. Un homme frappe la table du poing, les verres bondissent, puis se taisent. « Écrivez le prix du sel et du pain, pas seulement le nom de nos malaises. » [Chorus] Le prix du sel et du pain, c’est le prix de demain. Quand le riche compte en domaines, nous comptons les jours de la semaine. Le prix du sel et du pain, nous le portons dans nos mains. Avant de parler de justice en grand, venez compter ce qu’il reste aux gens. [Drum Break] [Bridge] Un chiffre n’est jamais petit quand il tombe chaque matin. Un impôt n’est jamais abstrait quand il retire quelque chose au dîner. La colère commence rarement par des drapeaux ou des discours. Parfois elle commence simplement quand le pain ne tient plus jusqu’au jour. [Instrumental Break] [Final Chorus] Le prix du sel et du pain, c’est le prix de demain. Quand le riche compte en domaines, nous comptons les jours de la semaine. Le prix du sel et du pain, nous le portons dans nos mains. Avant de parler de justice en grand, venez compter ce qu’il reste aux gens. Comptez la miche. Comptez le sel. Comptez ce qui manque. Puis écrivez « raisonnable » si vous l’osez. [Outro] Le marché ferme. La table reste nue. Dans le cahier, les chiffres ne dorment plus.